L’esprit du point de vue de la MTC

En médecine traditionnelle chinoise, l’homme est perçu sous trois aspects : le jing (l’essence), le qi (l’énergie) et le shen (l’esprit).

Dans les traditions tibétaines dzogchen, on entend parler pour certains grands maîtres du corps d’arc en ciel, phénomène par lequel le corps du maître se dissout dans les quelques jours qui suivent sa mort à condition que certaines conditions soient respectées, en particulier le corps doit être laissé dans la plus grande tranquillité pour que l’esprit du maître mène à son terme son ultime méditation. On parle de corps d’arc en ciel parce que la dissolution finale des éléments s’accompagne d’un grand nombre de phénomènes lumineux. La réalisation du corps d’arc en ciel est considérée comme un signe de grand accomplissement.

La MTC (médecine traditionnelle chinoise) offre une perspective intéressante pour comprendre comment la méditation dans les voies bouddhistes ou taoïstes transforme l’homme sur différents plans et notamment sur celui de l’esprit.

Ci-dessous photo reducedun long extrait du Dr Yang Jwing-Ming dans Les racines du chi-kung qui éclaire différents aspects de cette transformation corps-esprit et les rapprochent des niveaux d’éveil dans un contexte de pratique bouddhiste ou taoïste. Sa lecture éclaire des aspects du travail rarement explicités avec autant de simplicité. Il établit en particulier un pont entre l’esprit, les effets de la pratique et le niveau de la pratique.

Le shen est l’esprit dirigé par le mental de l’être vivant. Si le mental est instable, on dit que « le mental (l’émotionnel) et l’esprit ne sont pas sereins (…). Une personne normale peut utiliser son mental émotionnel pour énergétiser et stimuler son shen afin de l’élever mais elle devra dans le même temps contrôler son mental émotionnel avec sa raison (yi). (…) lorsque le shen est agité et n.est plus contrôlé par le yi, on dit que « l’esprit et la volonté (produits par le yi) ne sont pas clairs ». (…) les bouddhistes et les taoïstes s’entraînent à se libérer de leurs émotions. Ainsi ils se construisent un shen vigoureux, parfaitement maîtrisé. (…)
Les Chinois pensent que lorsque notre shen est élevé et affermi, nous sommes capables de ressentir et de percevoir les choses plus distinctement, et notre esprit devient plus pertinent et plus inspiré. (…) lorsque notre shen atteint cet état de sensibilité supérieur, nous pouvons transcender les possibilités habituelles de notre esprit. Nous sommes capables de comprendre et de maîtriser les idées qui se trouvent habituellement hors de notre entendement, et nous pouvons acquérir la faculté de percevoir le monde yin [monde spirituel après la mort], voire de communiquer avec lui. Ce shen surnaturel est appelé ling. (…) lorsque nous mourons, ce shen surnaturel ne meurt pas tout de suite avec notre corps. C’est le long qui maintient notre énergie sous forme de « fantôme » ou gui. (…)
D’après ce qui a été développé ci-dessus, nous constatons que le ling est la partie surnaturelle de l’esprit. On pense que si cette partie surnaturelle de l’esprit est suffisamment forte, elle peut survivre longtemps après la mort du corps physique et avoir de nombreuses occasions de se réincarner. Les Chinois pensent que si une personne a atteint au cours de sa vie l’illumination ou l’état de Bouddha, son esprit surnaturel s’échappe du cycle des réincarnations et vit éternellement. Ces esprits sont appelés sheng ming, ce qui désigne des êtres spirituellement illuminés, ou tout simplement shen qui, dans ce contexte, implique que cet esprit est devenu divin. Normalement, au moment de la mort, si l’âme spirituelle n’est pas forte, l’esprit ne dispose que de très peu de temps pour se trouver une nouvelle résidence où renaître avant que l’énergie ne se disperse. Dans ce cas, l’esprit est appelé gui.
Les bouddhistes et les taoïstes pensent qu’au cours de notre vie, nous pouvons utiliser notre jing et notre qi pour nourrir notre shen et renforcer notre ling. Lorsque ce ling shen atteint un niveau élevé, notre volonté est capable de le diriger hors de notre corps physique tout en restant en vie. A ce stade, un corps physique peut vivre des centaines d’années. Ceux qui peuvent faire cela sont appelés xian, « dieu », « immortel », « fée ». (…) un xian est une personne vivante dont le shen a atteint l’illumination ou l’état de Bouddha. (…)J’aimerais souligner le fait que le shen et le cerveau ne peuvent être dissociés. Le shen est la partie spirituelle de l’être ; il est produit et maîtrisé par le mental. Le mental génère la volonté qui renforce le shen. (…) en outre, lorsqu’il est élevé, le shen renforce la volonté. Ils sont mutuellement dépendants et s’entraident. Le support matériel de l’esprit est le cerveau. « Nourrir le shen » signifie « nourrir le cerveau ».